Le débat sur une éventuelle révision de la Constitution s’impose progressivement comme l’un des principaux fronts de confrontation politique en République démocratique du Congo.
En l’espace de quelques jours, l’Église du Christ au Congo (ECC) a appelé à un dialogue national inclusif avant toute réforme institutionnelle, tandis que la Coalition Article 64 (C64), regroupant plusieurs figures majeures de l’opposition, a annoncé puis reporté le dépôt d’une plainte visant le président Félix Tshisekedi pour ce qu’elle qualifie de « menace contre l’ordre constitutionnel ».
Au-delà de la polémique politique, cette séquence révèle les profondes divergences qui traversent la classe dirigeante congolaise sur l’avenir de la Constitution de 2006.
L’ECC plaide pour la concertation nationale
Réunie à Kinshasa dans le cadre de sa 66e session extraordinaire, l’Église du Christ au Congo a adopté une position prudente sur le débat constitutionnel. Sans s’opposer explicitement à une éventuelle réforme, la principale plateforme protestante du pays estime que le contexte actuel, marqué notamment par l’insécurité persistante dans l’Est du pays, exige avant tout un cadre de dialogue national inclusif et apaisé.
L’ECC s’appuie sur les dispositions des articles 5, 218, 219 et 220 de la Constitution pour rappeler que toute initiative touchant à la loi fondamentale doit rechercher le consensus national. Son porte-parole a résumé cette position par une formule devenue virale dans les milieux politiques : « Ne construisons pas des murs, mais jetons des ponts ».
Pour dire qu’il ne faut pas s’accentuer sur les divisions, les barrières ou les conflits mais cherchons plutôt le dialogue, la compréhension et le rapprochement
Cette intervention de l’ECC intervient dans un contexte où les discussions sur l’organisation éventuelle d’un référendum alimentent les débats au Parlement et dans les états-majors politiques.
La C64 hausse le ton contre Félix Tshisekedi
Quelques heures après cette sortie de l’ECC, la Coalition Article 64 a poursuivi sa campagne contre toute perspective de modification de la Constitution.
Conduite notamment par Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga et Augustin Matata Ponyo, la plateforme avait annoncé le dépôt d’une plainte contre le président de la République pour ce qu’elle considère comme une tentative de remise en cause de l’ordre constitutionnel.
Mais à la veille de l’échéance annoncée, les leaders de la coalition ont finalement décidé de reporter leur démarche. Dans un communiqué que la coalition divulgue sur plusieurs plates formes officielles, ils expliquent vouloir intégrer de nouveaux éléments juridiques et factuels ainsi que des pièces complémentaires afin de renforcer leur dossier avant toute saisine des juridictions compétentes.
La coalition assure toutefois que ce report ne constitue pas un abandon et maintient sa mobilisation contre tout projet de révision constitutionnelle.
La majorité défend le droit au débat
Face aux critiques de l’opposition, les cadres de l’Union sacrée de la Nation et plusieurs responsables de la majorité présidentielle soutiennent qu’aucune disposition constitutionnelle n’interdit d’ouvrir un débat sur l’évolution des institutions.
Leur argument central repose sur le fait que la Constitution elle-même prévoit des mécanismes de révision à travers ses articles 218 et 219. Selon eux, évoquer une réforme institutionnelle ne constitue pas automatiquement une violation de la loi fondamentale.
Des personnalités influentes de la majorité, notamment Jean-Pierre Bemba, Vital Kamerhe ou encore plusieurs parlementaires de l’Union sacrée, ont régulièrement soutenu que les institutions congolaises doivent pouvoir évoluer pour répondre aux réalités actuelles du pays, tout en respectant les dispositions constitutionnelles jugées intangibles. Cette position reste néanmoins contestée par l’opposition qui considère que le contexte sécuritaire actuel rend toute réforme inopportune.
Entre bataille juridique et combat politique
Pour plusieurs analystes politiques, l’affrontement autour de la Constitution dépasse désormais le simple cadre juridique.
D’un côté, l’opposition tente de faire du respect de la Constitution un thème central de mobilisation populaire à l’approche des prochaines grandes échéances politiques. De l’autre, la majorité estime qu’elle ne peut être privée du droit d’engager une réflexion sur l’organisation de l’État dès lors que celle-ci respecte les mécanismes prévus par la loi fondamentale.
Entre ces deux positions, l’ECC apparaît comme une voix intermédiaire. Sans rejoindre les accusations de l’opposition ni les arguments de la majorité, l’institution religieuse insiste sur la nécessité d’un dialogue national permettant de dégager un consensus avant toute initiative majeure.
Un débat appelé à s’intensifier
Le report de la plainte de la C64 ne marque pas la fin de la confrontation. Au contraire, il témoigne d’une stratégie d’opposition qui entend poursuivre la pression politique et judiciaire sur le pouvoir. Pendant ce temps, les discussions autour du référendum et d’une éventuelle réforme institutionnelle continuent d’alimenter les débats dans les milieux politiques et au sein de la société civile.
Mardi 10 juin, l’assemblée nationale a adopté la proposition de loi fixant les conditions d’organisation du referendum en RDC transmise aussitôt au Sénat pour une seconde lecture au Sénat
Du haut de son perchoir le président de l’assemble national Aimé Boji Sangara, publie l’issue du vote à savoir : « sur 351 députés ayant participer au vote ,348 ont voté oui ,2 ont voté non, et 1 a voté abstention, en conséquence l’assemblé nationale adopte la proposition de loi fixant les conditions d’organisation de referendum en RDC »
En revanche, l’opposition à travers une circulaire annonce un SIT-IN le vendredi 12juin 2026 à 10heures devant l’esplanade du palais du peuple, siège de la représentation nationale.
Dans un pays confronté à des défis sécuritaires majeurs et à des tensions politiques récurrentes, la question constitutionnelle s’impose désormais comme l’un des principaux sujets de discorde entre pouvoir et opposition. Entre appels au dialogue, menaces de poursuites judiciaires et plaidoyers pour une réforme institutionnelle, le débat est loin d’être clos.
Loïc Mambo