l’Association sans but lucratif Le Souverain Libre organise un forum communautaire d’echange sur la coexistence pacifique et la prévention de la justice populaire dans la ville de Bukavu.
Cette rencontre réunit une soixantaine de participants, parmi lesquels des chefs de quartiers et d’avenues des communes d’Ibanda, Kadutu et Bagira, ainsi que des acteurs de la société civile et des représentants des médias locaux.
Selon Claudine Lumvi, la Directrice du Journal Le souverain Libre, L’initiative vise à favoriser un dialogue direct pour décéler les racines du phénomène de la justice populaire. Il s’agit aussi de prendre conscience de ses ravages et co-développer des mécanismes locaux de prévention afin de promouvoir une coexistence pacifique durable.
S’exprimant dans le cadre de ces échanges, le facilitateur Auguste Watuta Mwilo, chercheur et enseignant à l’Université Officielle de Bukavu rappelle avec insistance que la justice populaire constitue une forme de violence expéditive par laquelle une foule en colère inflige, sans aucun procès, une peine corporelle pouvant aller jusqu’à la mort à un individu présumé coupable.
Il insiste sur le principe fondamental selon lequel la population doit impérativement laisser les instances judiciaires et les forces de l’ordre à faire leur travail.
Lors d’un tour de table, les participants ont épinglés quelques facteurs déclencheurs de ces lynchages. Il s’agit, notamment, de la crise de confiance envers l’appareil judiciaire, le non-respect des lois par certains dirigeants, l’incivisme, la pauvreté ainsi que la désinformation et la propagation exponentielle des rumeurs, amplifiées dans les réseaux sociaux.
Les conséquences de ces actes de justice expéditive s’avèrent dévastatrices pour l’ensemble de la société.
En plus d’engendrer la violation flagrante des droits humains et le risque élevé d’éliminer des innocents à la suite d’erreurs, la vindicte populaire fragilise l’autorité de l’État. Elle détruit la cohésion sociale et plante les graines de la haine, de la rancœur et de la vengeance au sein des quartiers.
Pour pallier ce fléau, le forum met l’accent sur le rôle crucial que doivent jouer les cadres de base en tant qu’acteurs d’alerte précoce.
Et ce, en instaurant un climat de confiance, tout en restant à l’écoute des habitants et en vérifiant rigoureusement les informations pour stopper la mésinformation.
Les leaders d’opinion sont appelés à orienter systématiquement tout suspect vers les services de police.
Plusieurs recommandations viennent de découler de cette journée de travail entre autres : sceller une collaboration étroite entre la presse, les autorités locales et la population. Aussi mettre en place des Cadres Permanents de Concertation Sécuritaire (CPCS) dans chaque quartier pour garantir une réponse pacifique et légale aux défis sécuritaires de la ville de Bukavu.
Ces assises ont eu lieu ce vendredi 23 octobre 2026 de 8 heures à 16 heures au Centre d’Accueil Protestant, CAP, à Nguba. Elles sont réalisées avec l’appui de la Confédération Suisse à travers la Direction du développement et de la coopération DDC.
Lamberte Wakenge