Ingénieure de formation, militante par conviction et leader par essence, Joël Bahali Simono incarne la détermination au Sud-Kivu.Fille aînée de Monsieur Nzenyimwami Bahali et de Madame Yvette Baganda, elle a très tôt endossé le rôle de guide pour ses quatre petites sœurs, développant le sens de responsabilité qui allait forger sa trajectoire.
Refusant de voir le handicap comme une fatalité, elle en a fait un levier de transformation sociale. Ce leadership précoce s’est manifesté dès les bancs de l’école primaire et secondaire, entre le Lycée Anuarite de Goma et l’Institut Boriba de Bukavu, où elle s’est toujours imposée en tant que chef de classe, portée par la conviction qu’une fille vive en situation de handicap se doit d’être au-devant de la scène.
Cette force de caractère l’a naturellement conduite vers des études supérieures à l’Université Catholique de Bukavu. Dans un domaine encore largement masculin, elle y a brillamment décroché son diplôme de graduat en sciences de l’informatique, puis sa licence en Réseaux et Télécommunications. Acquérant ainsi le titre d’ingénieure, elle nourrit la ferme intention de décrocher un jour un master et un doctorat.
Aujourd’hui, elle met sa rigueur au service de cette même université, où elle travaille au sein du service des finances après avoir forgé ses compétences administratives et numériques au cabinet du directeur de l’Université Evangelique en Afrique ainsi que lors des missions de gestion comptable et de communication pour des structures privées.
Parallèlement à sa carrière technique, son cœur bat pour les droits humains et le féminisme. Entre 2018 et 2020, elle a multiplié des engagements bénévoles, notamment comme trésorière chez Congo Handicap, conseillère administrative au sein du Cadre Provincial de Plaidoyer pour la paix, et formatrice pour la jeunesse chez Karibu Jeunesse Nouvelle.
C’est de cette riche expérience de terrain qu’est née son initiative majeure. Constatant que les organisations traditionnelles omettaient souvent la double vulnérabilité liée au genre et au handicap, Joelle étant elle-même femme vivant avec handicap, elle a fondé et coordonne aujourd’hui l’organisation « Redonnons le sourire à la femme et à la fille vivant avec handicap », basée à Bukavu.
À travers cette structure, elle œuvre quotidiennement pour l’autonomisation et l’insertion sociale. Ses actions se concentrent sur la formation pratique des jeunes filles en informatique et secrétariat pour briser les barrières de l’emploi, mais aussi sur des programmes de réinsertion pour les mères privées d’éducation, à qui elle transmet des notions d’épargne et une solide sensibilisation aux droits humains.
Malgré les défis de financement et les discriminations persistantes sur le marché du travail pour les personnes en situation de handicap, Joël Bahali Simono reste debout, portée par une ambition qui ne s’arrête pas aux frontières de sa province.

En regardant vers l’avenir, le Master et le Doctorat restent fermement ancrés dans sa ligne de mire académique, prouvant que le plafond de verre n’existe pas pour celle qui ose.
À travers son rôle de fille aînée, elle continue de tracer la voie pour ses quatre sœurs, leur montrant par l’exemple que ni le genre, ni les barrières physiques ne définissent la valeur ou l’avenir d’un être humain.
Au-delà des codes informatiques et des rapports financiers qu’elle manipule au quotidien à l’Université Catholique de Bukavu, c’est une empreinte indélébile qu’elle laisse sur sa communauté.
En redonnant le sourire et la dignité aux femmes oubliées, Joëlle ne fait pas que militer ; elle réécrit l’histoire de l’inclusion au Sud-Kivu, une ligne de code et une action de plaidoyer à la fois.
Lamberte Wakenge