Mwenga : entre spoliation, destruction de l’environnement et accusations de mafia

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L’exploitation minière dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu, suscite de vives inquiétudes au sein des communautés locales. Selon plusieurs acteurs sociaux, certaines activités minières menées dans cette partie de la province ne tiennent pas compte des dispositions légales qui régissent le secteur minier en République démocratique du Congo.

Sur le terrain, des exploitants, détenant ou non des permis de recherche, sont accusés de s’approprier des domaines appartenant à des membres des communautés locales. Il s’agit notamment de champs agricoles et d’étangs piscicoles, principales sources de revenus et de subsistance pour de nombreuses familles.

Des voix s’élèvent ainsi pour dénoncer ce qu’elles qualifient de destruction « méchante » de l’environnement et des moyens de subsistance des populations.

Des enquêtes menées par certains députés provinciaux et nationaux sur l’exploitation des minerais à Mwenga ont également mis en cause plusieurs responsables. Le nom de Théo Ngwabidje Kasi, alors gouverneur du Sud-Kivu, ainsi que ceux de certains de ses collaborateurs, apparaissent dans les accusations rapportées autour de cette exploitation qualifiée de « mafia » par certains acteurs.

Quelques sujets chinois ont progressivement quitté certains sites miniers de Mwenga. Ce retrait constitue un ouf de soulagement pour certains habitants, notamment des agriculteurs et des éleveurs qui dénoncent depuis plusieurs mois les conséquences de l’exploitation minière sur leurs terres.

Hilaire Isombya, président du Cadre de concertation de la société civile, annonce notamment le départ de certains Chinois des sites de Kasile et de Sololo, dans le village de Mitobo.

Le départ aurait eu lieu le jeudi 9 décembre 2021, vers 6 heures du matin.

Mais ce retrait n’a pas immédiatement ramené le calme. Quelques creuseurs artisanaux ont investi les sites abandonnés. Des militaires et des policiers congolais les ont ensuite encerclés afin de les déguerpir.

La situation a donné lieu à des affrontements autour de la récupération de l’or déjà extrait, dont la quantité n’avait pas encore été pesée ni mesurée.

Face à cette situation, le Cadre territorial de la société civile de Mwenga a invité les autorités administratives à mettre en place des mécanismes de gestion des sites miniers abandonnés par les exploitants chinois, afin d’éviter de nouvelles tensions.

Plusieurs organisations de la société civile, des notables du Sud-Kivu ainsi que des députés provinciaux et nationaux ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une exploitation minière illégale à Mwenga.

Le 5 novembre 2021, la commission d’enquête de l’Assemblée provinciale chargée d’examiner l’exploitation illicite des minerais à Mwenga a présenté son rapport.

Après débat, les élus ont exigé l’interpellation du gouverneur Théo Ngwabidje Kasi.

Le président de l’Assemblée nationale a également adressé une correspondance au ministre de l’Intérieur, demandant l’interpellation du gouverneur.

Le rapport formulait plusieurs recommandations, notamment des sanctions contre des autorités civiles et militaires qui auraient été impliquées dans l’exploitation jugée illicite.

Le gouverneur Théo Ngwabidje Kasi était notamment accusé d’avoir octroyé des permis d’exploitation en violation du Code et des règlements miniers.

Son directeur de cabinet, Mubalama Zibona, était cité pour des faits qualifiés de trafic d’influence et de conflit d’intérêts.

Le général Bob Kilubi, alors commandant de la 33e région militaire, était quant à lui accusé d’avoir affecté des effectifs importants des FARDC dans les sites miniers afin de protéger l’exploitation, moyennant des rétributions.

Le rapport lui reprochait également d’avoir empêché certains services compétents d’exercer leurs attributions dans ces zones.

Le colonel Yo Liyoko, commandant de la police des mines, ainsi que le Mwami Christian Longangi figuraient également parmi les responsables cités dans les recommandations de la commission.

Ces différentes accusations sont rapportées ici telles qu’elles figuraient dans les conclusions et recommandations de l’enquête parlementaire et ne constituent pas, à elles seules, une condamnation judiciaire.

Les activités d’exploitation ont débuté le 29 octobre 2019 dans les groupements de Bakongo, notamment dans le village de Matambi, et de Kitamba, dans le village de Londela, le long et dans la rivière Elila.

Selon les informations recueillies dans le cadre de cette enquête, plus de dix kilomètres de champs et d’étangs piscicoles auraient été dévastés.

Les propriétaires des terres affirment n’avoir été ni suffisamment consultés ni associés aux décisions concernant l’exploitation de leurs espaces.

Sur certains sites, aucun cahier des charges n’était visible ni opérationnel, selon les constats rapportés par les sources locales.

Face à la pression exercée par les populations, certaines sociétés chinoises ont entamé des discussions avec les propriétaires des champs et des étangs piscicoles détruits en juillet 2020.

Quelques paysans réclamaient jusqu’à 30 000 dollars américains au titre des indemnisations. Une des sociétés chinoises aurait accepté le principe d’une indemnisation, mais les modalités de calcul n’auraient pas été définies comme l’espéraient les victimes.

Selon Fikiri, un interprète travaillant pour une entreprise chinoise, certaines sociétés auraient profité de la méconnaissance de leurs droits par des paysans pour leur proposer des montants forfaitaires ne correspondant pas, selon lui, à la valeur réelle des biens concernés.

Dans certains contrats d’occupation, le terme « location » aurait été utilisé sans préciser clairement la durée d’occupation ni le montant effectivement versé aux propriétaires.

Les montants étaient forfaitaires et ne tenaient pas toujours compte de la superficie des terres ou des étangs piscicoles concernés.

Certains accords prévoyaient également la remise de vivres et de produits de première nécessité, notamment 25 kilogrammes de riz, 25 kilogrammes de haricots, cinq litres d’huile végétale et cinq kilogrammes de savon en poudre pendant toute la période d’exploitation.

Selon les victimes interrogées, ces engagements n’auraient cependant pas été concrétisés.

Des terres agricoles transformées en sites minier et La même situation est signalée à Kitumba.

Dans le groupement de Bingili-Bazala, à Matebo, une cinquantaine de champs et plusieurs dizaines d’étangs piscicoles, couvrant environ onze hectares, auraient été affectés.

Pour une autre superficie d’environ cent mètres carrés appartenant à quinze paysans de Matebo, l’entreprise Bluent Mining aurait proposé une indemnisation globale de 100 dollars américains. La population aurait refusé cette proposition et l’affaire serait restée sans suite.

Toujours à Matebo, des sociétés minières auraient occupé environ quatre kilomètres de terres contenant les champs de cinq paysans. Une somme de 500 dollars aurait été versée, soit 100 dollars par personne.

Dans le village de Libombwe, plusieurs champs et trois étangs piscicoles auraient été affectés sur une superficie d’environ 500 mètres carrés. Les propriétaires auraient reçu 5 000 dollars américains.

À Tubongo, Bluent Mining aurait occupé environ un hectare sans verser d’indemnisation, selon les sources locales.

Dans ce même village, Congo Bluent Mining aurait également affecté des champs et des étangs piscicoles. Cette fois, l’entreprise aurait versé 10 000 dollars à la Coopérative minière de Bitambi, COMIBI, en faveur des victimes de la spoliation.

Dans le même groupement, Congo Bluent Mining aurait également englouti onze puits d’or appartenant à des artisans miniers. Ceux-ci n’auraient pas été indemnisés, en raison, selon les sources, d’une obstruction attribuée au chef de bureau des mines de Kamituga.

Des indemnisations qui n’atteignent pas toujours les victimes

Dans le groupement Bawandembe, environ un kilomètre sur 300 mètres de terres contenant plusieurs champs aurait été affecté.

Selon les informations recueillies, les exploitants auraient remis 15 000 dollars américains aux chefs locaux pour l’indemnisation des victimes. Mais, selon les personnes concernées, cet argent ne leur serait pas parvenu.

À Kitumba également, une convention signée entre Congo Bluent Mining et la communauté locale n’aurait pas été mise en œuvre.

Selon cette convention, le représentant de Congo Bluent Mining, Yu Yang Tao, et les représentants de la communauté locale avaient convenu de plusieurs engagements.

L’entreprise devait notamment engager des jeunes du milieu, construire une maison d’accueil, réaliser une adduction d’eau potable pour un montant annoncé de 15 000 dollars, construire une école pour 75 000 dollars et un hôpital pour 25 000 dollars.

La convention prévoyait également le financement de projets agricoles à hauteur de 50 000 dollars, l’aménagement d’une route et d’un marché pour 20 000 dollars ainsi que la construction de logements sociaux.

Selon les membres de la communauté interrogés, ces engagements n’avaient pas été réalisés au moment de cette enquête.

Des centaines de champs affectés autour de la rivière Zalya

Dans les villages de Sugulu, Kaboke, Mitobo, Lusololo et Muzobya, autour de la rivière Zalya, dans le groupement de Banakyungu, la situation est également préoccupante.

Sur une étendue de plus de cinq kilomètres, environ 400 champs et plusieurs étangs piscicoles auraient été dévastés.

Comme à Bakongo, Kitamba, Kitumba et dans d’autres zones de Mwenga, les propriétaires des champs affirment ne pas avoir été suffisamment consultés avant l’installation des activités minières.

Des routes sont créées et des installations minières aménagées au milieu des terres agricoles. Des palmeraies ainsi que des champs de manioc et de riz sont rasés.

« C’est une imposition », dénonce une source locale.

La forte présence des militaires sur certains sites miniers constitue une autre source de préoccupation pour les populations.

Selon des sources locales, la militarisation des axes menant vers les lieux d’extraction serait utilisée pour empêcher ou limiter les réclamations des populations affectées.

Une importante présence militaire en provenance de Bukavu aurait notamment été déployée dans certaines zones minières.

Cette situation inquiète particulièrement les exploitants artisanaux et les communautés locales, qui réclament davantage de transparence dans la gestion des sites.

Selon les informations recueillies dans le cadre de cette enquête, certaines sociétés minières auraient travaillé en collaboration avec des coopératives minières ou avec des entreprises telles que Banro et sakima

À Mwenga, l’exploitation de l’or représente une importante source de revenus pour différents acteurs, mais elle constitue également une source de tensions entre entreprises, exploitants artisanaux, autorités et communautés locales.

Pour les organisations de la société civile, les activités minières doivent respecter le Code minier, protéger les droits des communautés et préserver l’environnement.

Les populations affectées réclament notamment des indemnisations équitables, le respect des engagements pris par les entreprises et une gestion transparente des ressources minière.

 

Gertrude shabani

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