Le secteur artistique et culturel de l’Est de la République Démocratique du Congo traverse une crise profonde, directement engendrée par la dégradation de la situation sécuritaire.
Les blocages viennent du retrait progressif des institutions internationales qui constituaient le poumon financier et la vitrine extérieure de la création locale. A cela s’ajoute le départ des Instituts français du Nord et du Sud-Kivu, inactifs depuis deux ans et définitivement fermés depuis un an. Cela a rompu un maillon essentiel pour les artistes de Bukavu.
À cela s’ajoute la réorientation stratégique de bailleurs de fonds majeurs comme l’agence Belge de développent Enabel, désormais active hors des zones sous tension.
L’artiste slameur, comédien et metteur en scène, Achille Argus basé à Bukavu renseigne que cette résilience repose sur deux points essentiels. D’abord sur la création d’espaces de concertation stratégique.
Il indique que les acteurs du secteur de l’industrie culturelle et créative comme le Bukavu Section Man of People, le Labo Motard, et d’autres partenaires se rassemblent dans le cadre d’échange sur une initiative nommé « Franc-Parler ». C’est pour voir ensemble les défis que les artistes et les opérateurs culturels traversent et élaborer les mesures à mettre en place pour redonner du souffle à ce secteur vital. Une stratégie qui tiendra sa quatrième édition en septembre prochain.
Selon lui, ce dispositif assure la formation en administration culturelle pour aider les acteurs à cibler les opportunités internationales résiduelles, tout en poussant à une refonte des mécanismes de rentabilité.
Et aussi, Les créateurs repensent aussi sur leur modèle économique en utilisant la plateforme Mop Music avec paiement mobile pour pallier les difficultés de vendre leurs productions artistiques.
Les espaces indépendants comme Ndaro, Mashujaa et Eka Art Center sont devenus les ultimes refuges pour la création, les répétitions et la diffusion, palliant la fin de programmes d’appui majeurs tel que le PAC.
A en croire Iness Mangominja, coordinatrice de la compagnie de danse féminine Fénix à Bukavu, les contraintes socio-économiques et sécuritaires continuent de peser lourdement sur la liberté de création, particulièrement pour les organisations professionnelles qui œuvrent dans le secteur culturel.
Et d’ajouter que certains artistes de Bukavu se produisent désormais de manière informelle dans des restaurants et des terrasses pour survivre bien que ces initiatives peinent encore à garantir une rentabilité économique stable.
Lamberte Wakenge