Les sanctions contre Shadary reconduites par l’Union Européenne.

L’Union européenne ne doit pas lever les sanctions qui pèsent sur Emmanuel Ramazani Shadary, candidat à la
présidentielle du 23 décembre et dauphin de Joseph Kabila. » Cet appel, que vient de lancer un collectif
d’organisations congolaises affiliées à la Fédération internationale des droits de l’homme (Fidh), prend déjà de l’ampleur et suscite un grand débat sur la place publique, en cette période électorale.
À quelques semaines des élections présidentielle, législatives et provinciales du 23 décembre en Rd Congo, l’Union européenne discute de la reconduction des sanctions gel des avoirs et des visas qui visent une quinzaine de membres du régime. Sur cette liste noire, on peut visiblement lire le nom du candidat désigné par Joseph Kabila
pour lui succéder. Ce collectif d’organisations congolaises affiliées à la Fidh persiste en faisant un retour sur l’histoire : « Depuis le terme officiel du mandat présidentiel de Kabila, il y a deux ans, ces hauts responsables ont été les
principaux piliers de l’appareil sécuritaire congolais, qui a organisé la répression de l’opposition tout en attisant les tensions dans plusieurs régions du pays. C’est pourquoi nous appelons l’Union européenne à ne pas lever ces sanctions », peut-on en effet lire dans cette communication.

Shadary, carte maîtresse de Kabila ?

Pour beaucoup, le candidat désigné par le Front commun pour le Congo (Fcc) pour mener la campagne de la présidentielle n’est qu’un pion entre les mains de l’actuel président Joseph Kabila. Coincé par la Constitution, qui lui
interdisait de briguer un troisième mandat, et pressé par la communauté internationale de mettre en place des élections au plus tôt  l’échéance initialement prévue remontant à 2016 celui-ci s’est en effet résolu à désigner un dauphin pour la présidentielle du 23 décembre prochain, et son choix s’est porté sur Emmanuel Ramazani
Shadary. Selon plusieurs analystes politiques ayant un regard sur le processus électoral au pays, Shadary
est, de longue date, un cadre du Pprd, le parti au pouvoir. Peu connu du grand public, il pourrait permettre à Joseph Kabila de conserver dans l’ombre les rênes du pouvoir, en bénéficiant en outre de l’appui du parti présidentiel et
des divisions de l’opposition. Pour le plus grand bénéfice de son clan.

Un passé peu recommandable pour briguer la présidence de la République

Pourtant, la personnalité et le passif de Shadary posent question à certains des Congolais. Le fait que l’ancien ministre de l’Intérieur ait été en fonction lors des massacres au Kasaï, début 2017, lui a valu des sanctions de l’Union européenne. Selon l’Église catholique congolaise, plus ou moins 3.000 personnes sont mortes depuis 2016
au Kasaï, la plupart tuées par des forces de sécurité. La place qu’occupait Shadary dans la chaîne de
commandement et ses menaces contre l’opposition ou les populations, en font l’un des potentiels
responsables de ces crimes. « Emmanuel Ramazani Shadary était également en poste le 12 mars 2017, lorsque deux experts de l’ONU, Zaida Catalan et Michael Sharp, ont été assassinés dans des circonstances floues et très suspectes
» selon les organisations de défense des droits humains. Loin d’avoir fait profil bas depuis, il fut également à la manoeuvre lors de la répression meurtrière des marches pacifistes de janvier 2018 à Kinshasa.
Les forces de sécurité y firent usage de tirs à balles réelles, tuant au moins huit personnes et en blessant
des dizaines d’autres. Fidèle parmi les fidèles du président Kabila, ce « dauphin », nageant dans les eaux du pouvoir
depuis si longtemps, ne doit pas pouvoir espérer gagner, grâce à l’élection qui se profile, une quelconque
tranquillité face aux sanctions de l’Union européenne. Ce collectif des organisations de défense insiste sur le fait qu’il est inconcevable qu’il puisse accéder au plus haut poste de l’État sans avoir répondu de ses actes, ou qu’il
puisse être blanchi par l’Union européenne à travers une levée de sanctions. Leur reconduction doit être décidée au plus tard le 10 décembre prochain, soit moins de deux semaines avant le scrutin. «Wait and see », disent les Anglais.

Pacifique Muliri 

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