Mê Claude Nyamugabo entre justice et injustice

‘‘Quelle langue faudrait-il parler pour faire comprendre à un juriste de formation le fonctionnement normal d’un état qui respecte les droits humains ? » Cette question de Jean-Chrysostome Kijana, reposée par M. Raphaël Wakenge de l’Initiative congolaise Justice et Paix, est restée sur les lèvres de nombreux Bukaviens.

Il se fait qu’il y a en moyenne un décès par mois à la prison de Kabare, plusieurs détenus entre la vie et la mort, des évasions de
prisons ici et là,… Pourtant, après le remaniement du gouvernement provincial, Me Nyamugabo s’était résolu à annuler le poste de ministre de la Justice, des Droits humains, du Travail et de la Prévoyance sociale. ‘‘Quelques mois plus tard, comme pour se racheter, cet homme de droit crée un poste de commissaire provincial ayant ces charges, considéré au même rang que les ministres, et viole
ainsi les dispositions légales portant sur l’administration des provinces, en inventant un onzième ministère, qui demeure à ce jour particulièrement muet’’. C’est l’analyse de la société civile. L’Initiative congolaise Justice et Paix (Icjp), l’organisation Sos Ijm,
ainsi que la Nouvelle dynamique de la société civile (Ndsci), s’apprêtaient à réunir, ce mardi 6 novembre 2018, les professionnels des médias autour de la problématique des droits humains en province. L’objectif est d’alerter les chevaliers de la plume sur le recours
administratif contre l’arrêté provincial portant création d’un commissariat chargé de la Justice, des Droits humains, de la Fonction publique, de l’Emploi, du Travail et de la Prévoyance sociale. C’est dans la salle de réunions du bureau de coordination de la Société
civile de la province du Sud-Kivu qu’aura lieu ce point de presse, à en croire une invitation dûment signée par ces organisations. Mettre à la disposition des journalistes de la ville de Bukavu ce recours en vue d’une vulgarisation effective, pour mener à bout cette initiative visant à établir une stabilité des droits humains dans la province, est l’objectif de cette rencontre, selon les mêmes sources.
A en croire Mlle Ella Mindja, de l’organisation Information juridique multisectorielle (Sos Ijm), qui a renchéri les précédents propos du président national de la Ndsci et ceux de Raphaël Wakenge de l’Icjp, la décision venait du gouverneur de la province du Sud-Kivu, et met à mal la situation des droits humains, avant de rappeler les récentes violations des droits humains, ainsi que les morts régulièrement enregistrés à la prison de Kabare, pour ne citer que cela. S’agissant de la situation prévalant à la prison de Kabare, la Ndsci et l’Icjp
ont déploré les décès à répétition qui sont enregistrés dans ce pénitencier. Situation qui les amène à demander la suspension de cette dernière et le transfèrement des détenus vers d’autres maisons carcérales du Sud-Kivu, dans lesquelles le respect des droits humains est de mise. Ces organisations de défense des droits de l’homme estiment que l’annulation des arrêtés instituant ce commissariat
serait une manière d’éviter une évaluation négative de la Rd Congo à l’occasion de l’examen périodique universel des droits de l’homme.

Une situation qui s’est déroulée il y a peu à Kabare

En pleine journée, lundi 17 septembre 2018, soleil battant, en dépit de la présence de gardes pénitenciers lourdement armés, douze détenus prennent la poudre d’escampette, prenant tous les risques d’être atteints par balles lors de l’opération. Ces derniers
ont séquestré le directeur de la prison, parce qu’ils n’avaient pas mangé depuis trois jours en raison de l’absence de rations alimentaires.
Cette évasion est un signal fort, en cette période ou l’on ne compte plus le nombre de malnutris dans cette prison. La malnutrition aigüe sévère exerce des ravages, sur fond de malnutrition chronique qui est monnaie courante, et cause une aggravation du nombres de décès. Et cela, à plus ou moins une dizaine de kilomètres de Bukavu. C’est une triste réalité qui laisse les nombreuses organisations oeuvrant dans le domaine des droits humains sans le mot. Plus tard, des messages tombent, de la part de la direction du centre pénitentiaire de Kabare, assurant mesquinement que « Six parmi les évadés ont été ramenés à la prison par les forces de l’ordre », une déclaration
qui sera confirmée plus tard par l’administrateur du territoire de Kabare. « Au total, il y avait 12 évadés fugitifs aux environs de midi à
la prison centrale de Kabare. Six ont étés récupérés, dont quatre à Bagira, et six autres demeurent en cavale. Il y a un prisonnier blessé », a affirmé aux médias M. Thaddée Miderho Luhwinjire, administrateur de territoire. Le directeur de la prison de Kabare, Danny Muyumba, rejetait quant à lui rapidement ce bilan, parlant pour sa part de neuf évadés : « Il y a eu neuf évadés, nous avons pu en récupérer
six », a-t-il indiqué. L’évasion de ces détenus avait été précédée par une manifestation de plusieurs pensionnaires de la prison,
qui réclament à manger dans ce lieu pénitentiaire qui contiendrait à ce jour 236 détenus, plusieurs n’ayant jamais été jugés.

Pacifique Muliri

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